
ACTE 1
Scène 1. Rendez-vous au Salon rouge.
Rendez-vous est donné à la presse vers 9 heures dans le Salon rouge, du nom de la couleur des ses canapés, orné des tableaux prêtés par le Musée des Augustins, au rez-de-chaussée, à côté du bureau du maire. Autour de Jean-Luc Moudenc, une brochette de ses adjoints : Sacha Briand (Finances), Francis Grass (Culture), Jean-Claude Dardelet (Relations internationales), Pierre Esplugas-Labatut (Musées). Un point presse destiné à présenter l’ordre du jour, le menu du conseil municipal. Visite prévue à Kiev (Ukraine) pour renouveler le jumelage des deux villes, point sur les subventions allouées aux associations et structures culturelles, annonce de la vente de biens immobiliers pour renflouer les caisses de la ville. Ce seront les grandes lignes des débats de la journée, hormis les dizaines de délibérations prévues. De la petite subvention, aux travaux de voiries, en passant par la création d’un Pass culture + (20 euros par an), la féminisation de noms de rues, la création de nouveaux espaces verts...
Scène 2. Une manif à l’extérieur
Dans le même temps, à l’extérieur, sur la grande place pavée, environ 400 manifestants sont là. Annoncée la veille au soir, l’action a pour objectif de dénoncer les baisses de subventions au domaine culturel, annoncées à l’automne par la mairie, mais aussi par le département et la région Occitanie. Associations, médiathèques, théâtres et structure diverses sont en danger. Concert de klaxons, banderoles, habillés en Rouge et Noir, en référence au héros locaux de l’ovalie, les manifestants vont camper toute la journée sous les balcons de la mairie. Mais pas seulement...

ACTE 2
Vers 10 heures, les 69 conseillers municipaux, dont 53 pour la majorité de Jean-Luc Moudenc, prennent place dans la salle des Illustres. Celle du conseil étant en travaux, la grande salle de réception a été aménagée. Sous les immenses toiles du peintre Henri Martin, au milieu du ballet des huissiers, les conseillers municipaux prennent place. C’est parti pour de longs débats, ou plutôt diatribes.
Scène 1. Les liminaires
On appelle cela les “propos liminaires”. En maître de cérémonie, le maire ouvre la séance, en annonçant le déroulé de la journée, pointant les grands dossiers et décisions dévoilées dans le Salon rouge, avant de donner la parole à certains de ses adjoints, puis à l’opposition. Chacun reçoit l’ordre du jour deux ou trois jours auparavant. Pas de quoi préparer de longs argumentaires ou ripostes. Du coup, ces propos liminaires vont se concentrer sur des joutes politiques, n’ayant parfois aucun rapport avec la vie municipale. Situation en Palestine, guerre en Ukraine, Trump, Mélenchon... Tout y passe. Jean-Luc Moudenc fait son bilan, l’opposition critique. A tour de rôle, François Briançon (PS), Maxime Le Texier (Archipel Citoyen), Antoine Maurice (Les Écologistes ) croisent le fer avec Sacha Briand (Finances) ou Pierre Esplugas-Labatut (Musées) à qui revient souvent le rôle de “démonter l’opposition” ou de “vanter l’action municipale”. On passe donc en revue les différentes formes théâtrales : la tragédie, la comédie, le drame ou le mélodrame. Sans oublier leurs sous-genres que sont le pathétique, le comique, et bien entendu le satirique. Pierre Esplugas-Labatut, avec ses accents gascons appuyés, se placerait plutôt dans le registre de l’archétype style Cyrano de Bergerac. “Je dirais plutôt une sorte de Commedia dell'arte , mais à la sauce cassoulet” nous confie-t-il à la pause. Avec Sacha Briand, on est plus dans le classique, style grand argentier qui glisse tout de même quelques références ou piques, scène politique oblige. Lorsque Caroline Honvault (Archipel Citoyen) tente d’entrer en scène, on lui coupe le sifflet. Voulant intervenir sur la situation de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) qui cherche un nouveau local, le maire l’estime “hors-sujet”. On reste dans le domaine de la Règle des trois unités. Codifiée en 1636 par l'Académie Française, après les premières représentations du Cid par Corneille, cette convention s'appuie sur le principe de vraisemblance selon lequel une pièce de théâtre doit, au maximum, imiter l'action réelle.
On s’emmêle pourtant parfois un peu les pinceaux, faute de talents de certains acteurs, ou de propos adéquats. Moudenc, en Monsieur Loyal, veille au grain.

Scène 2. Petit coup “de théâtre”.
Alors que tout ce beau monde s’exprime, moins de quatre minutes en général, le scénario habituel est bouleversé par d’autres acteurs, des vrais en l’occurrence. Bien planqués dans le public, au fond de la salle, cinq à six manifestants vont interrompre la séance. Banderoles, cris, invectives et même un superbe fumigène bleu, sont lancés dans l’assitance. Début de panique, policiers municipaux en train de fumer leurs clopes, ce sont deux conseillers municipaux, Jean-Jacques Bolzan et Gaëtan Cognard, qui vont faire admirer leurs beaux restes dans le sport local, le rugby. Plaquage, cadrage débordement, les deux élus de la majorité refoulent avec joie ces impétrants. Interruption de séance, conciliabules. La mairie portera plainte deux jours après, “ Face à ces actions, l'opposition d'extrême-gauche n'a pas dit un mot, cautionnant ainsi des agissements qui n'ont qu'un seul objectif : bâillonner la démocratie ! Nous ne nous tairons jamais face à ces énergumènes qui ne tolèrent que la pensée unique et bafouent la démocratie” dit le communiqué.
Scène 3. La paix des braves
Il est bientôt midi trente et la pause arrive. Autour du buffet, on se remet de ces émotions. A Toulouse, certains conseillers municipaux, de droite ou de gauche, se côtoient depuis plus de 15 ans. François Briançon, Jean-Luc Moudenc, Pierre Esplugas-Labatut ou Jean-Jacques Bolzan, croisent le fer, mais aussi le verre, régulièrement. “On se connait tous super bien, mais il faut montrer des oppositions, sinon de grandes différences, lors des séances” commente un élu qui souhaite rester anonyme. Les premiers actes de la matinée ont été joués, on reste un peu sur notre faim. Sur les réseaux sociaux défilent les commentaires sur les remous de cette matinée, les élus adorant livrer leurs impressions, en 140 signes, de la vie politique. L’après-midi sera consacré au passage en revue de près de 1000 pages de délibérations. Ce sera l’objet d’un de nos comptes-rendus du prochain conseil municipal, prévu au mois de juin.
A suivre...
