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Carnets de Campagnes

Élections municipales — Toulouse 2026
26 mars 2025

En 2020, la liste Archipel Citoyen voulait déjà « réinventer la démocratie »

Composé d’élus ou de novices en politique, le collectif de militants présentait une liste aux municipales de 2020 dans la capitale occitane, avec des modes de désignation innovants.

Article daté du 5 novebre 2019, paru dans Le Monde

Il n’y a toujours pas de local de campagne, ni de programme, ni de tête de liste et encore moins de financement ou de porte-parole. Archipel Citoyen, ce mouvement ou collectif né il y a un peu moins de deux ans et qui se lance dans la bataille des élections municipales de mars 2020 ne fait rien, ou presque, comme les autres. C’est en tout cas son désir. « Méthode sociocratique », « horizontalité », « coconstruction », « assemblée militante » ou « démarche commune » sont les piliers édifiés par le petit groupe qui a imaginé l’aventure. Parmi eux, Caroline Honvault, 40 ans, est une ancienne directrice de maison des jeunes et de la culture qui n’avait jamais mis les pieds dans le bain politique. « L’idée est née en juin 2017 autour de plusieurs personnes issues d’horizons assez divers, explique-t-elle. Dès le début, nous voulions peser dans la campagne municipale, en mettant en place un processus hyper-démocratique. » Autour de Maxime Le Texier ou de Jonas George, deux autres chevilles ouvrières du mouvement, les réunions se succèdent. « Nous nous inspirons d’expériences menées dans d’autres villes, comme Barcelone, Valpareiso au Chili, Saillans dans la Drôme ou Kingersheim dans le Haut-Rhin, précise Jonas George. Dans toutes ces villes, on réinvente la démocratie, on implique les citoyens, on redonne de la légitimité aux habitants. » Le jeune homme de 28 ans, qui travaille dans le domaine de l’intelligence collective et l’accompagnement de projets, a mis en place des outils pour construire cette « autre » démocratie : participants rencontrés directement dans la rue, système de tirage au sort après un envoi massif de courriers, votes dits de « plébiscite » lors desquels les adhérents proposent des personnes qu’elles considèrent comme compétentes…

EELV et LFI ont rejoint le collectif

En moins de deux ans, près de 3 000 personnes auraient déjà participé aux « grands cercles » – sortes de communautés des adhérents – ou aux assemblées militantes. Mi-septembre, ils étaient près de 500 à se réunir dans une salle municipale pour la première grande rencontre publique et la présentation de la démarche. Le succès est tel qu’en début d’année, les élus et militants d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) ont rejoint le collectif. Suivis, quelques semaines plus tard, par ceux de La France insoumise (LFI) et par Romain Cujives, suspendu par le Parti socialiste (PS) alors qu’il était en tête des sondages pour les primaires locales. « Avec l’arrivée des partis dits traditionnels, cela prend de l’ampleur. C’est plus compliqué aussi, certains ont l’habitude de s’exprimer, parfois un peu trop… », sourit Caroline Honvault. Cela permet également à Archipel Citoyen de se positionner comme un mouvement « défendant la justice sociale et la solidarité, et pour une véritable transition écologique ». Entre-temps, un manifeste de valeurs, un code éthique et le processus de désignation ont débouché sur la constitution d’une première liste de 70 noms, qui devait être présentée mardi 5 novembre à la presse. Un tiers des candidats a été plébiscité, un tiers est issu des partis et le reste a été tiré au sort parmi des personnalités venant notamment de la société civile. Dominique Muti, psychologue tirée au sort et qui sera certainement sur la liste définitive, trouve dans cet espace « des fragilités et des potentiels, et un terreau immense de diversités ».

Tensions sur la tête de liste

Des fragilités, et même quelques tensions, sont cependant apparues fin octobre, alors que le collectif doit présenter, selon la loi, un ordonnancement de sa liste et désigner sa tête. EELV et son chef de file local, Antoine Maurice, ont menacé de quitter le processus : « Si nous sommes clairement convaincus par la démarche et le pari, nous le sommes moins par la gouvernance actuelle et les exigences de La France insoumise », explique l’élu, qui siège au conseil municipal de Toulouse. Une ancienne militante de LFI, l’avocate Claire Dujardin, affirme qu’elle a quitté le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et s’est positionnée elle aussi pour prendre la tête de liste. « Nous allons organiser un grand week-end de réflexion entre nous le 8 novembre, et nous trancherons, toujours selon notre esprit et nos codes. Rien ne dit à ce stade que ce ne soit pas une personne totalement inconnue qui soit désignée », laisse entendre Jonas George.
Face à la montée de la notoriété d’Archipel Citoyen, c’est tout le milieu politique toulousain qui est secoué. L’actuel maire (Les Républicains) Jean-Luc Moudenc, soutenu par La République en marche, a fait du collectif son « principal adversaire et un danger pour la ville », alors que Nadia Pellefigue, qui se présente dans une démarche autonome mais avec le soutien du PS, n’y voit qu’« un effet médiatique. Le quoi est plus important que le qui, moi je crois aux compétences et à la maturité politique ». Archipel Citoyen va donc devoir choisir rapidement sa et ses nouvelles têtes, dévoiler un programme et des propositions concrètes. Une première petite tempête à essuyer dans sa volonté de faire de la politique vraiment autrement.

Texte :
Philippe Gagnebet
Croquis :
Luc Perillat