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Carnets de Campagnes

Élections municipales — Toulouse 2026
26 mars 2025

En Haute-Garonne, la colère profonde et unanime des maires et élus

Une centaine d’élus de tous bords politiques ont dénoncé, jeudi 7 novembre 2024, les efforts financiers demandés aux collectivités locales, qu’ils jugent brutaux et drastiques. Outre les conséquences désastreuses pour leur territoire, ils pointent l’absence de dialogue avec le gouvernement.

Maires, conseillers municipaux mais aussi élus du conseil départemental et de la région Occitanie sont venus protester « contre les mesures annoncées dans le projet de loi de finances qui prévoit 11 milliards d’euros d’économies [selon le calcul réalisé par l’AMF] sur le budget des collectivités ». Pour Christophe Lubac (Génération. s), le maire de Ramonville, au sud de Toulouse, « les mesures annoncées vont avoir des conséquences désastreuses dans les territoires, puisque l’Etat fait peser son déficit public colossal sur les collectivités ». Selon l’élu, ces décisions récentes représenteront d’ici à la fin de son mandat un effort financier de 480 000 euros, soit l’équivalent de douze à quatorze postes de fonctionnaires. A Colomiers, l’impact des mesures gouvernementales est estimé à environ 3 millions d’euros, sur un budget municipal de quelque 70 millions d’euros. En cause, la baisse de la dotation globale de fonctionnement, l’augmentation du prélèvement du régime spécial de sécurité sociale chargé de l’assurance-vieillesse des fonctionnaires territoriaux ou encore la hausse des ponctions directes de l’Etat sur les finances communales.

« Depuis dix ans, on a perdu 80 % de nos recettes »

« Nous sommes de bons gestionnaires, et nous demandons juste de la considération, du dialogue », ajoute Karine Traval-Michelet. Comme une trentaine de maires du département, elle avait décidé de fermer les portes de sa mairie durant cette journée de mobilisation. A Léguevin, dans l’Ouest toulousain, le maire, Etienne Cardeilhac-Pugens, va « stopper tous les projets urbains pour 2025. On se serre déjà la ceinture, je ne veux pas devenir juste un gestionnaire », se désole-t-il. Sur sa commune, une gendarmerie devait être construite, mais le projet a été abandonné, faute de crédits. « Du coup, je suis obligé d’embaucher des policiers municipaux, face à la demande de la population. On ne tiendra pas longtemps comme ça », estime cet élu sans étiquette. Il craint également le plafonnement des compensations de TVA, ce fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée réglée par les collectivités locales. « On doit construire un terrain de foot synthétique d’un montant de 1 million d’euros. Si la TVA ne nous est pas remboursée, on ne pourra pas le financer », avance-t-il. Très actif dans les débats de Toulouse Métropole, qui recouvre la communauté d’agglomération toulousaine et son million d’habitants, M. Péré renvoie la balle à cette collectivité, dont son budget municipal dépend désormais à 50 %.

« Risque systémique majeur »

Président de Toulouse Métropole et maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (ex-LR) est donc lui aussi venu, dit-il, « porter un message unitaire face à des mesures drastiques et brutales qui [les] déstabilisent tous ». Au regard de l’effort que ses services ont estimé à 45 millions d’euros pour la métropole, l’élu appelle à « discuter avec le gouvernement pour revoir ce projet de loi de finances qui touche avant tout nos concitoyens ». A ses côtés, Sébastien Vincini, le président (Parti socialiste) du conseil départemental se désole de n’avoir actuellement « aucun écho ni dialogue avec le gouvernement ».
En Haute-Garonne, « même l’arrêt de toutes nos politiques volontaristes ne générerait qu’une économie d’une trentaine de millions d’euros, là où nous devons rechercher 164 millions d’euros d’effort », a quantifié l’élu. Disparition de postes de pompiers, impact sur les politiques sociales, diminution des subventions au monde associatif et sportif, Sébastien Vincini estime que « les départements font face à un réel risque systémique majeur ». A l’origine de cette mobilisation inédite, André Mandement, maire PS de Muret depuis seize ans, pointe un « fossé qui se creuse constamment entre élus et citoyens. Ces baisses de crédits vont encore entamer nos actions et donc notre crédibilité », assure-t-il. A la sortie d’une réunion avec le préfet de région, Pierre-André Durand, les élus frondeurs ont donné rendez-vous à Michel Barnier pour le congrès des maires de France, du 19 au 21 novembre, à Paris. « Si on n’a pas été entendus d’ici là, cela risque d’être extrêmement houleux », prévient Karine Traval-Michelet.

Texte :
Philippe Gagnebet
Croquis :
Luc Perillat