On y vient pour passer ses vacances mais aussi, et surtout, pour s’y installer. Selon un rapport quinquennal de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publié le 19 décembre, au 1er janvier 2022, 6 080 731 personnes résidaient en Occitanie. « Grâce à un fort excédent migratoire, la population continue d’augmenter rapidement, à un rythme de + 0,8 % par an entre 2016 et 2022, nettement plus soutenu qu’au niveau national (0,3 %) » note l’étude. La région talonne la Nouvelle-Aquitaine, mais reste loin derrière l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. En tout, ce sont 45 000 nouveaux habitants dénombrés chaque année, grâce à des naissances et décès qui s’équilibrent sur la période. Mais ce sont les mouvements migratoires qui permettent à l’Occitanie de maintenir sa croissance démographique à un rythme régulier. La Haute-Garonne, avec 1 456 261 habitants, est le département de France, hors Mayotte, où la population progresse le plus vite avec une hausse de 1,3 % par an. L’Hérault est très proche, à + 1,2 % par an. « D’ici 2050, ce département devrait absorber l’arrivée de 170 000 nouveaux ménages » précise Caroline Jamet, directrice de l’Insee Occitanie. Sans surprise, ce sont les deux métropoles, Toulouse (Haute-Garonne) et Montpellier (Hérault) qui aimantent le plus. Alors que la population recule à Paris et progresse faiblement à Marseille et à Lyon, elle augmente toujours fortement à Toulouse (+1,2), qui reste la quatrième ville de France avec 511 684 habitants au 1ᵉʳ janvier 2022, mais devancerait Lyon dès 2025. La progression est encore plus forte à Montpellier (+1,5 % par an).
Sur la même période, aucun département d’Occitanie n’a perdu d’habitants. « Soit la population stagne, soit elle augmente », précise Caroline Jamet. Les Pyrénées-Orientales (+ 0,6 %), le Gard (+ 0,5 %) et le Tarn-et-Garonne (+ 0,5 %) continuent de voir leur nombre d’habitants augmenter de manière assez significative chaque année. Dynamisme économique pour les grandes métropoles, attrait pour la cadre de vie, et le soleil, pour les départements qui longent le littoral, la tendance devrait se poursuivre pour les cinq années à venir. De fait, même si élus et acteurs économiques se félicitent de ce dynamisme, cette attractivité pose de nouveaux problèmes. En premier lieu, celui du logement. A Toulouse, le maire Jean-Luc Moudenc (divers droite) assume d’être « un maire bâtisseur ». « Avec un solde positif de 7000 habitants par an sur la ville, nous avons programmé la construction de 7000 logements par an, dont 35 % de logements sociaux, d’ici 2035 » dit-il. Programmes de renouvellement urbain et constructions sur les derniers mètres carrés de foncier disponible seront « sanctuarisés dans un budget incertain dû au contexte national » précise l’élu. Par ailleurs, en 2028, la métropole inaugurera une troisième ligne de métro qui irriguera les communes proches, avec 200 000 voyageurs attendus chaque jour. Une bouffée d’oxygène pour les automobilistes passant des heures sur les rocades encombrées.
Au niveau régional, « dans un contexte du bâtiment en crise, l’inflation persistante, la pénurie de l’offre et le désengagement croissant de l’État » selon la présidente socialiste Carole Delga, « nous devons raboter des crédits, mais le logement reste une de nos priorités » a-t-elle déclaré lors d’un débat sur le budget régional le 19 décembre. Avec un taux de logement social de 11,5 %, très inférieur à la moyenne nationale, la région a investi depuis 2016 pour rénover 30 000 logements et en construire 46 000 à vocation sociale. Mais elle souhaite concentrer ses actions sur la santé, l’agriculture et les transports. A Montpellier et sa métropole, un an après la mise en place de la gratuité des transports en commun, la fréquentation est en hausse de plus de 33 %. Pour le maire (Parti socialiste, PS) Michael Delafosse, « nous insistons, grâce aux transports, sur une meilleure répartition de cette croissance démographique avec les communes voisines ». Limitée en superficie, la ville investit dans des filières d’avenir. Cinéma, santé, énergies renouvelables, cela pour « créer de l’emploi et inciter à ce que les gens s’installent définitivement. » Tout le long du littoral, les chantiers ne manquent pas. Dont celui de l’accès à l’eau. En 2023 et 2024, face au manque de précipitations, les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales avaient mis en place des mesures drastiques de restrictions d’eau. Autre enjeu d’une région de plus en plus baignée de soleil.